Étape 1 — Faire l'inventaire de ce que vous ne contrôlez pas
Avant d'annoncer quoi que ce soit, établissez la liste de ce qui compose votre présence en ligne et, pour chaque élément, qui en détient réellement les clés. Cet inventaire détermine votre marge de manœuvre : il vaut mieux le faire avant d'ouvrir la discussion qu'après.
Le plus simple est de commencer par le nom de domaine, parce que c'est le seul élément dont la titularité est publique et vérifiable en quelques secondes, sans rien demander à personne.
- Le nom de domaine : à quel nom est-il déposé, et chez quel bureau d'enregistrement ?
- Le code source : existe-t-il un dépôt, et y avez-vous accès ?
- L'hébergement : le contrat est-il à votre nom ou à celui du prestataire ?
- Les contenus : textes, photos, logo — qui les a produits, et sous quelles conditions ?
- Les comptes de mesure : Search Console, Analytics, fiche d'établissement Google.
- Les boîtes e-mail rattachées au domaine, souvent oubliées jusqu'au jour de la coupure.
Le nom de domaine : l'élément à sécuriser en premier
Le nom de domaine est votre adresse. Sans lui, un site tout neuf ne sert à rien : vos clients, vos cartes de visite et vos référencements pointent vers une adresse que vous ne contrôlez pas. C'est donc le premier point à traiter, avant même de parler du site lui-même.
Vérifiez à quel nom il est déposé au moyen d'une requête WHOIS publique, ou directement auprès de l'AFNIC pour un .fr. Trois situations se présentent. S'il est à votre nom, vous êtes propriétaire : il vous suffira de demander le code de transfert pour l'emmener chez un autre bureau d'enregistrement. S'il est au nom du prestataire, vous devrez négocier un changement de titulaire. S'il est déposé au nom d'un salarié parti depuis, la situation est souvent plus délicate qu'avec le prestataire lui-même.
Un point mérite d'être connu : un nom de domaine se renouvelle. S'il expire pendant un conflit, il peut être racheté par un tiers, et vous n'aurez aucun recours simple. Vérifiez la date d'expiration dès l'inventaire, et considérez-la comme votre échéance réelle.
Étape 2 — Relire le contrat avant d'annoncer votre départ
C'est l'étape que l'on saute le plus souvent, et celle qui change le plus l'issue. Reprenez le devis signé, les conditions générales et les éventuels avenants. Vous cherchez trois choses : ce que vous avez acheté exactement, la durée d'engagement et son préavis, et la présence ou l'absence d'une clause de cession des droits.
Ce dernier point surprend beaucoup de dirigeants. En droit français, payer le développement d'un site ne vous en transfère pas automatiquement les droits d'auteur : la cession doit être expressément prévue par écrit et délimitée. Autrement dit, un prestataire qui refuse de livrer le code source n'est pas nécessairement de mauvaise foi — il peut être dans son droit si le contrat ne prévoit rien. C'est une raison de plus de traiter ce point à l'achat plutôt qu'au départ.
Si votre contrat comporte un engagement de durée, notez la date d'échéance et le délai de préavis. Résilier hors des clous peut vous exposer à devoir payer les mensualités restantes, ce qui pèse dans la négociation.
Étape 3 — Formuler la demande par écrit, et précisément
Une demande vague obtient une réponse vague. Écrivez un courriel — ou un courrier recommandé si la relation est déjà tendue — qui énumère point par point ce que vous demandez, avec une date de réponse souhaitée. Restez factuel et courtois : la plupart des transferts se règlent en quelques jours quand la demande est claire et que la relation ne s'est pas envenimée.
Conservez une trace écrite de tout, y compris des échanges qui se passent bien. Si la suite se complique, cette trace est ce qui vous permettra de démontrer votre bonne foi et la chronologie des faits.
- Le code de transfert du nom de domaine, et le changement de titulaire si nécessaire
- Une archive complète du site : code source, base de données, fichiers médias
- Les identifiants d'administration et d'hébergement
- Le transfert de propriété des comptes Analytics, Search Console et de la fiche d'établissement
- Les fichiers sources du logo et des visuels, dans leur format d'origine
- La confirmation écrite que vous pouvez exploiter et faire modifier le site
Étape 4 — Quand le prestataire ne répond plus
Le silence est le cas le plus fréquent, loin devant le refus explicite. Commencez par relancer une fois par écrit en fixant une échéance raisonnable, puis par lettre recommandée avec accusé de réception, qui donne une date certaine à votre demande.
Si le blocage porte sur le nom de domaine, sachez que les bureaux d'enregistrement et les organismes de gestion — l'AFNIC pour le .fr — disposent de procédures en cas de litige sur la titularité. Elles ne sont ni immédiates ni automatiques, mais elles existent, et elles constituent souvent un argument suffisant pour débloquer la discussion.
Si le litige porte sur des sommes ou sur l'exécution du contrat, la médiation de la consommation ou un conseil juridique sera plus efficace qu'un échange qui s'envenime. Sur les petits montants, la procédure judiciaire coûte souvent plus cher que ce qu'elle permet de récupérer : arbitrez froidement entre le temps que vous y passerez et le coût de la reconstruction.
Car c'est parfois la conclusion la plus rationnelle. Quand le code est irrécupérable, refaire un site propre coûte souvent moins cher, en argent comme en énergie, que d'arracher un code que vous ne pourrez de toute façon pas faire évoluer facilement. Ce qui se négocie en priorité, c'est le nom de domaine et les contenus : eux ne se reconstruisent pas.
Ce que vous risquez de perdre en référencement, et comment le limiter
Changer de site est un moment de fragilité pour le référencement, et c'est l'angle mort de la plupart des migrations. Le risque n'est pas de perdre son ancienneté de domaine — elle reste attachée au nom de domaine, que vous conservez — mais de casser les adresses que Google a mis des années à indexer.
Le point critique est la correspondance entre anciennes et nouvelles URL. Si votre page « /nos-services » devient « /prestations » sans redirection, Google met des semaines à comprendre, et pendant ce temps l'ancienne adresse renvoie une erreur aux visiteurs comme aux moteurs. La parade est simple et se prépare avant la bascule : relever la liste complète des adresses existantes, et poser une redirection permanente de chacune vers son équivalent sur le nouveau site.
Récupérez aussi la propriété de la Search Console avant de couper l'ancien site : c'est le seul endroit où figure la liste des pages réellement indexées et des requêtes qui vous amenaient du trafic. Sans elle, vous naviguez à l'aveugle, et vous ne saurez pas si une baisse après migration vient de la bascule ou d'autre chose.
Enfin, surveillez pendant quatre à six semaines. Une variation les premiers jours est normale ; une baisse qui persiste au-delà d'un mois signale généralement un problème de redirection ou de contenu perdu, et se corrige encore facilement à ce stade.
Ce qu'il faut faire juste après la récupération
Une fois le transfert obtenu, quelques gestes évitent de se retrouver dans la même situation deux ans plus tard. Ils prennent une heure et valent bien davantage.
Le plus important est le dernier : la prochaine fois, faites écrire la cession dans le devis avant de signer. Une ligne suffit, et elle vous épargne l'intégralité de la procédure décrite dans cet article.
- Activez le renouvellement automatique du nom de domaine, et notez son échéance
- Changez tous les mots de passe, y compris ceux qui semblent sans importance
- Vérifiez que vous êtes bien propriétaire — et pas simple administrateur — des comptes Analytics et Search Console
- Conservez une copie du code et de la base de données hors de l'hébergement
- Exigez de votre prochain prestataire une clause écrite de cession et un dépôt à votre nom